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Ne nous trompons pas de combat

Ne nous trompons pas de combat

Dans une période où l’épuisement et parfois le découragement peut gagner nos rangs, il faut parfois rappeler les enjeux de la prévention du risque infectieux et les missions prioritaires des spécialistes de ce domaine. D’abord nous n’avons plus vocation à porter, comme par le passé, les sujets dont personne ne sait quoi faire dans un établissement de santé. La plupart des combats sont nobles, comme le développement durable, mais ils ne doivent pas nous empêcher d’être là où le risque nous appelle c'est-à-dire au cœur du soin.

The Shift Project a produit en novembre 2021 un rapport intitulé « Décarboner la Santé pour soigner durablement ». Ce rapport décrit la répartition des émissions de gaz à effet de serre du secteur de la santé et on y voit que la rubrique « Déchets et services » représente 2% des émissions contre 33% pour l’achat des médicaments et 21% pour l’achat de dispositifs médicaux.

On voit donc que les déchets, et en leur sein les DASRI, ne sont pas une cible prioritaire en termes d’écologie et que les spécialistes du risque infectieux n’ont aucune vocation à devenir des experts du tri sélectif en milieu de soins pas plus que les soignants eux-mêmes. La réponse sur le rôle des EOH et des EMH faite par la SF2H au Ministère de la santé précise d’ailleurs pour cette équipe que : «  Elle apporte son expertise dans la gestion des déchets d’activité de soins à risque infectieux (DASRI) pour la part interne à l’établissement, sur les projets d’aménagement de locaux et d’acquisition d’équipements dans le cas où ces projets peuvent avoir des conséquences sur le risque infectieux ». Pour le reste la SF2H, s’est positionnée sur le sujet de la nature des DASRI à la demande du Ministère qui a aussi questionné ensuite sur le sujet le HCSP. Le Ministère tranchera en son temps mais la planète est probablement plus menacée par l’enfouissement des déchets que par leur incinération.

Si on parle de développement durable, l’expertise du spécialiste de la prévention du risque infectieux va être plus utile dans les débats sur les économies d’énergie et la baisse de la température de l’eau chaude. Nous sommes les mieux placés pour voir remonter progressivement le risque de légionellose en milieu de soin et suivre l’impact de ces mesures sur l’écologie environnementale. Notre expertise dépasse aussi la phase de prévention pour aller jusqu’à la phase d’atténuation et nous assurer que si le choix de l’institution se porte sur l’acceptation d’un risque plus élevé, les  futurs cas avérés seront détectés précocement et traités de façon adaptée pour limiter les conséquences dommageables. C’est le domaine que nous devons investir en coopération avec la microbiologie et l’infectiologie. Notre profession étant fortement paramédicale cette multidisciplinarité devrait être assez intuitive de fait.

Mais revenons aux gaz à effet de serre. Les dispositifs médicaux en sont un pourvoyeur majeur en milieu de soins et il faut rappeler que c’est l’extraction des matières premières qui les composent qui a la plus forte empreinte carbone. Donc, assez naturellement, notre rôle professionnel et citoyen sera en priorité de parler de la pertinence de la pose et du maintien des cathéters et on peut saluer au passage l’excellent travail de nos collègues du CPIAS Haut de France fait sur ce sujet. Hélas, la réalité du quotidien des soins en France est que des patients meurent encore des suites d’une infection sur voie veineuse périphérique avec souvent de nombreux défauts de soins identifiés tant dans la phase de prévention que d’atténuation. Et, même si définir la filière optimale d’élimination de l’opercule d’un soluté injectable est méritoire, la mission première du soin dans toutes ses composantes reste d’assurer une prise en charge optimale des patients et d’éviter les évènements indésirables graves liés à ces soins.

Par contre, notre devoir écologique et expert est de rendre possible dans les conditions les plus sûres l’inéluctable réutilisation de l’usage unique. La pénurie de matière première et l’empreinte carbone trop importante de nos dispositifs médicaux nous y contraignent si l’on veut maintenir une qualité et une équité des soins dans un futur probablement proche. Et, avec nos collègues de la SF2S, nous sommes les plus à mêmes de définir quels dispositifs pourront bénéficier de cette approche et quelles exigences doivent s’imposer aux prestataires, probablement industriels, qui auront la charge de le faire.

On pourrait décliner la même chose avec les infections graves sur prothèses articulaires et chacun se doit de définir les priorités les plus adaptés à son lieu d’activité.

Nous pouvons être un acteur clé du développement durable à condition de ne pas perdre de vue notre cœur de mission et d’aider le système à s’y recentrer quand il a tendance à trop se disperser

Pierre Parneix
Président de la SF2H

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